Présence Chinoise dans le Nord de la RCA ? La réponse de Christophe Gazam Betty

INTERVIEW DU 26 SEPTEMBRE 2016 DANS LE QUOTIDIEN INDEPENDANT ET D’ANALYSE L’AGORA (Bangui-RCA)

Question 1 : Pouvez-vous Monsieur Christophe GAZAM BETTY, donner votre lecture personnelle de la transition, êtes-vous satisfait de sa gestion et des résultats qui en ont été obtenus? 

Contrairement à une idée faussement et largement répandue, la transition en Centrafrique a été actée au Sommet de Libreville. Il  y a eu trois documents :

- le cessez le feu

- l’accord politique et le code de bonne conduite

- et le communiqué final

Les sujets relatifs à la sécurisation de ces accords n’ont été suffisamment ou ont été pratiquement éludés

Trois ans de transition pour

1-restaurer la paix au travers du désarmement DDR-R et RSS

2-la réconciliation nationale. J’en avais la lourde charge avec la définition d’une stratégie nationale sur cette question sur au moins trois ans à cinq ans

3-la reconstruction

Les élections et le retour à une légalité constitutionnelle ne pouvait se faire sans le désarmement et un commencement d’un processus cohérent de réconciliation nationale.

Les nouvelles Autorité n’auraient en principe que le souci de continuer à parfaire les deux premiers points et s’atteler à la reconstruction

DESARMEMENT AVANT LES ELECTIONS

La transition quoique ayant initié les bases d’une politique nationale du DDR-R n’a pas été en mesure de procéder au désarmement des forces négatives.

Les raisons sont partagées : la communauté internationale qui au détour d’une fumeuse théorie des mesures de confiance à pousser les différents gouvernements à presque cogérer la transition avec les mouvements rebelles qui n’ont jamais été concernés par l’embargo sur les armes. Mieux, on va les voir, on leur déroule le tapis rouge, ils viennent sous les lambris des palais d’une République dont ils ne respectent pas les fondements et détruisent, et jamais les victimes sont à l’honneur

Tous les coups bas alimentaient la déstabilisation de la transition. Un état néant affaibli avait du mal à imposer la volonté populaire. La transition aidée par le groupe de contact et le comité stratégique mis en place par le Premier Ministre KAMOUNE ont finalisé une stratégie. Il fallait les laisser passer à la phase opérationnelle, c’est-à-dire sa mise en œuvre avant les élections.

Vous êtes vite accusé de confisquer le pouvoir.

A cela il y a la mauvaise foi de certains qui n’ont pas voulu tenir compte du travail abattu avant eux et ont voulu « inventer la roue »

Un exemple : un ministre de la réconciliation arrive à DURBAN en AFRIQUE DU SUD ,non avec  une équipe de son cabinet,mais avec des copains membres d’ associations parisiennes, et demande que tout ce qui a été fait soit annulé au motif de ne pas reconnaitre la signature du ministre précédent qui a initié le partenariat avec ACCORD et la SANT’EGIDIO puisque appartenant à la mouvance SELEKA. Comprenez la réaction négative laissée aux partenaires et une conception de l’état qui se passe de commentaires….

Question 2: Le désarmement, selon vous, doit-il nécessairement être lié au DDRR? Si oui, pourquoi; si non, pourquoi?

Tout est lié. Vous n’allez pas agir en tiroir c’est un package et l’un ne peut se faire sans l’autre. Et qui est éligible, qui ne l’est pas et surtout l’épineuse question de ceux qui doivent retourner chez eux et ne pas penser un seul insistant que la nationalité et la citoyenneté centrafricaines ne s’acquièrent par la force des armes.

Le concept du DDR-R que personne n’a inventé contient par essence même la réponse à votre questionnement…

Question 3: On vous accuse d’avoir fait venir des soldats chinois qui seraient basés sur le site pétrolifère de BOROMATA. Qu’en dites-vous? 

Cela emmène beaucoup de réflexions. La rumeur prend le pas sur la réalité et c’est dangereux pour une démocratie naissant balbutiante qui se cherche…

Secundo L’ignorance de la multitude qui en a fait ses choux gras. C’est pathétique. La doctrine chinoise en matière d’intervention militaire ne permet pas à cet état d’envoyer des forces combattantes sur les théâtres d’opérations à l’étranger. La CHINE tente timidement d’envoyer sous la bannière onusienne des unités médicales et du génie militaire en faible quantité. C’est grave de l’ignorer et de gloser autant et pendant des semaines sur du faux…

Troisièmement Monsieur GAZAM BETTY Christophe doit avoir beaucoup de pouvoir pour emmener une puissance comme la CHINE à envahir le nord du pays et stationner 200 militaires au sein de leur ambassade. C’est de la pantalonnade… Je pourrais me gargariser d’avoir autant de pouvoir, mais soyons sérieux.

Huit policiers assurent la sécurité à l’intérieur du bâtiment de la CHINE. Quoi de plus normal. On voit des GI’S à l’ambassade des USA, des éléments du GIGN et autres à l’ambassade de France… C’est normal tout cela sauf pour la CHINE…

Ma dernière réflexion est celle-ci. Il faut dénoncer cette véritable cabale et s’y opposer par tous les moyens cela n’est pas acceptable.

On assiste à un remake En 1965 un certain colonel de venu empereur du nom de Jean Bedel BOKASSA  avait orchestré une propagande qui s’appuyait sur des arguties du même genre.

« Les chinois nous envahissent pour prendre nos terres et nos femmes… Ils se multiplient comme des mouches … Ils n’ont plus de terre chez eux……. »

On connait la suite : le coup d’état de la Saint SYLVESTRE qui va plonger le pays dans la période la plus sombre de son histoire en bouffonneries, crimes de sang et économiques en tout genre. La Centrafrique pour ceux qui ne le savent pas a perdu le grand projet de chemin de fer et c’est la TANZANIE qui a eu le cadeau. La Centrafrique a été punie d’avoir été le premier pays francophone au sud du SAHARA à reconnaitre la CHINE COMMUNISTE en 1963. DACKO David s’en est allé, et le pays continua à gérer péniblement la catastrophe impériale.

Aujourd’hui, il y a encore des bouches célèbres qui reprennent cette démarche catastrophante. Pour ma part il faut le dire haut et fort, des forces obscures s’opposent à la prospection des champs pétrolières par les chinois et bientôt par les sud-africains…L’obscurantisme de 1965 ne pourra plus nous priver de permettre à l’état de disposer pour le bien de la région et du la Nation de ces ressources. Les énormes potentialités du pays permettent à tous de trouver sa place au sein d’une coopération au bénéfice du Peuple. Le Président au premier chef doit compter sur ses forces et ses compatriotes convaincus et non inféodés pour y trouver les voies et moyens de la reconstruction nationale. Voilà l’enjeu de cette frénésie …

Question 4: Sur la libération des otages de Baboua, quelle est votre lecture de cette affaire? 

En juillet 2015 le sous préfet le Maire de BABOUA et un pasteur sont pris en otage par les hommes relevant de l’autorité de ABDOULAYE MISKINE qui ayant retrouvé la liberté a été installé à BRAZZAVILLE.

Je sais ce que j’ai à faire, ce que j’ai pu faire… La libération aurait pu avoir lieu dès le mois d’aout 2015. Le plan de contingence qui était une exigence mis en place avec le soutien de la MINUSCA  et la sécurisation des geôliers FDPC  étaient leur préoccupation première et non le paiement d’une rançon à leur chef de BRAZZAVILLE. Il ya eu trop d’interférences et comme toujours il y en avait à l’affut pour torpiller la démarche. Pour beaucoup c’était un fonds de commerce…

Aujourd’hui nos frères et ceux du CAMEROUN  sont libérés  et aussi des anonymes… Je pense pour ma part qu’une enquête doit être diligentée pour connaitre des en dessous de cette affaire et des implications… et faire la lumière et en tirant les leçons politique pour prévenir. Il va de soi que les victimes devraient être encouragées à déposer une plainte contre les ravisseurs et leur commanditaire. C’est cela la République irréprochable et la bonne gouvernance.

Aujourd’hui les nouvelles que j’ai de la région indiquent un renforcement des troupes de MISKINE  en hommes et en armements. Il sait pourquoi les pressions l’ont convaincu sur l’urgence à libérer les otages.

Tout le monde a retrouvé sa famille, mais l’état, le gouvernement ne doit pas s’arrêter à des visites éclairs à ZOUKONGO sous les manguiers, mais d’être attentif à la mutation de ce groupe en profondeur de la brousse.

(Questions proposées et réaliséees par Albert MBAYA)

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