Forum de Brazzaville: Et maintenant ?

sommet de brazavilleLe sommet de Brazzaville à peine terminé, que déjà des dissensions se font jour. Je le dis ici avec force : Tout ce qui peut concourir au rétablissement de la paix en Centrafrique doit être encouragé.

Pour autant il ne faut pas être naïf, la crise que traverse le pays n’est aucun cas conjoncturelle mais structurelle. On peut toujours changer les hommes, rien de sera possible si l’on ne change pas aussi la manière de faire. Le peuple de Centrafrique doit réapprendre « le Vivre Ensemble ». Avant qu’il y ait pardon, il doit y avoir sanction pour les assassins, conformément au Droit International. Il est urgent que soit promulguée une Loi anti-terroriste dont l’application immédiate permettra à la Justice de se mettre en œuvre, conformément au Droit.

Il est également impératif d’engager le désarmement immédiat des milices et autres soudards à la solde de tel ou tel.

« Sans désarmement, pas de paix durable. […] Aussi la conférence sur le désarmement de 1932 sera décisive pour cette génération et la suivante. […] Dans ce genre de conférence, le succès ne dépend pas de l’intelligence ou de l’adresse mais de l’honnêteté et de la confiance. La valeur morale ne peut pas être remplacée par la valeur intelligence et j’ajouterai : Dieu merci !. »
« À propos de la conférence du désarmement en 1932 » (1931), dans Comment je vois le monde (1934-1958), Albert Einstein

 Pour clore cet article, le média « Centrafrique Presse » vient de publier il y a quelques jours, une tribune dont je partage l’analyse. Je la reprends intégralement ci-après. Alors que le forum vient de se terminer, elle sonne comme un ultime avertissement, aux hommes et aux consciences.

« Quels que soient les arguments avancés par les tenants du forum inter-centrafricains prévu à Brazzaville ou les partisans de le tenir plutôt à Bangui, le moins que l’on puisse dire est que ce forum de Brazzaville paraît mal engagé et il ne faut donc pas s’étonner qu’il puisse accoucher d’une souris. Que peut-on en effet attendre de particulièrement extraordinaire d’une rencontre dont les principaux protagonistes, à commencer par la plateforme interreligieuse, les partis politiques les plus représentatifs et la société civile, soit refusent de faire le déplacement de Brazzaville soit en demandent purement et simplement le report pour d’autres.

Sauf à croire que par principaux protagonistes il faut entendre les deux camps des belligérants armés (Séléka et anti-balakas) que les forces internationales pourtant dépêchées en RCA par des mandats clairs et précis des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, tardent ou ne veulent manifestement pas désarmer et qui continuent de pourrir la vie aux Centrafricains tant dans leur capitale que dans l’arrière-pays.

Ce que beaucoup ne comprennent pas c’est que les divers leaders tant des Séléka que des anti-balakas ne contrôlent pas du tout la grande majorité de leurs éléments dont certains qu’ils désignent comme par hasard « éléments incontrôlés » qui sont précisément ceux qui commettent les nombreux crimes de guerre et autres exactions à travers l’étendue du territoire. Il n’est donc pas très pertinent de vouloir réunir, peu importe l’endroit, ces deux camps pour les contraindre à signer un accord de cessez-le-feu qu’ils auront le plus grand mal à respecter sur le terrain car ce « terrain », ils n’en ont pas vraiment la maîtrise.

Le souvenir de la violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu du 11 janvier 2013 de Libreville aussi bien par Séléka dont les troupes ont allégrement franchi la prétendue « ligne rouge » de Damara que par le camp de Bozizé lequel a cru devoir faire monter au front sa garde présidentielle et les troupes sud-africaines contre Séléka, est encore présent dans la mémoire des Centrafricains. A quoi bon signer des accords dont on sait manifestement qu’ils ne seront point respectés !

Il est fort surprenant de constater qu’au même moment plusieurs organismes de droits de l’homme  pointent du doigt certains responsables des crimes de guerre perpétrés en RCA et demandent des poursuites judiciaires contre eux et où un rapport d’étape des nations Unies vient d’être publié qui reproche aux autorités centrafricaines de la transition de « manquer de fermeté » à l’égard des bandes armées, les chefs d’état de la sous-région croient devoir réunir les mêmes bandes armées pour leur faire signer un accord de cessez-le-feu dont tout le monde sait que les chances qu’il soit appliqué sont quasi nulles.

De ce point de vue, l’appel lancé il y a quelques jours par le « coordonnateur national » des anti-balakas Patrice Edouard Ngaissona demandant à tout le monde de se rendre à Brazzaville apparaît comme un cri désespéré ayant parfaitement conscience que l’affaire est mal engagée en raison du grand nombre de non partants, ce qui fait peser de lourdes menaces de fiasco sur ce forum. C’est malgré eux et à leurs corps défendant que les Centrafricains assistent impuissants à la mendicité internationale à laquelle sont obligées de recourir les autorités de la transition de leur pays. 

C’est aussi le cœur brisé qu’ils ont assisté impuissants en janvier dernier au convoyage jusqu’à N’djaména des membres du Conseil National de transition afin qu’ils soient consultés par les chefs d’état de l’Afrique centrale. Cet épisode de la crise centrafricaine est encore resté en travers de la gorge des Centrafricains et la chronique de l’échec annoncé du forum de Brazzaville découle en grande partie de cette humiliation infligée au peuple centrafricain à N’djaména. Les manœuvres et pressions de dernière minute d’Abdoulaye Bathily le tout nouveau représentant des Nations Unies en Afrique centrale et de l’ex-ministre de la défense d’IBK, Soumeylou Boubèye Maiga et tout nouveau vice-médiateur de l’Union Africaine pour la RCA, accourus in extremis pour battre le rappel afin que tout le monde se rende à Brazzaville n’y changeront rien.

Dès lors, il est donc clair qu’en dehors des officiels, ne se rendront à Brazzaville que certains candidats déjà connus pour la prochaine présidentielle, des leaders de partis politiques peu représentatifs et tous ceux qui cherchent à exister sur la scène politique nationale et qui ont appris d’après des rumeurs persistantes qui circulent, qu’il y sera procédé à une distribution d’enveloppes. »