CONGO : LE GENERAL JEAN MARIE MICHEL MOKOKO APPELLE AU RESPECT DE LA CONSTITUTION


Question : Depuis quelques temps vous n’êtes pas visible sur l’échiquier national, pourriez-vous nous dire quelle est votre situation actuelle?

GAL J.M.M MOKOKO : si par visibilité vous entendez ma présence constante dans le microcosme politique congolais, ma position actuelle m’interdit d’y jouer un rôle quelconque. Mais, vous n’oubliez pas que l’échiquier national, comprend un volet extérieur, la politique étrangère. Celle-ci m’a tenu à l’extérieur du pays pas mal de temps et depuis 2013 en mission politique et diplomatique de restauration de l’Etat centrafricain, à la tête de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA).

Je continue aujourd’hui toujours au nom de l’UA à apporter mon concours au processus de réconciliation nationale et au retour à la légalité constitutionnelle dans ce pays. Je suis également au nom de la Présidente de la Commission de l’UA, selon les termes de référence de ma mission en ma qualité de Représentant spécial et chef de la Mission africaine pour la Centrafrique et l’Afrique centrale (MISAC) depuis le 16 septembre 2014 les évolutions des situations politiques des pays d’Afrique centrale, devenue depuis cette date ma zone de compétence.

Question : En dépit des hautes fonctions diplomatiques et militaires que vous occupez aujourd’hui, avez-vous un regard sur l’actualité du Congo ?

GAL JMMM : L’essence même de la mission de paix et sécurité en Afrique centrale vous oblige d’avoir une vue analytique et prospective de l’actualité et des évènements dans les pays concernés.

Le Congo qui de par sa position géographique, son histoire et les initiatives qu’il engage est dans mon cœur. Mon pays ne peut donc être soustrait de mon attention.

Question : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle du Congo ?

GAL JMMM : L’observation attentive des vingt-cinq dernières années de notre vie commune et des évolutions rapides dans l’environnement international indiquent que le système politique congolais aborde un tournant décisif tant du point de vue du cycle politique que de celui des mœurs politiques.

Les enfants nés lors de l’historique Conférence Nationale Souveraine ont vingt ou vingt-quatre ans, toute une génération.

La classe politique congolaise pour ce qui la concerne héritière pour une grande part du modèle monopartite des années soixante-dix quatre-vingt en vigueur dans le pays, reste marquée par une certaine inconstance, des choix politiques souvent réduits à une vision sectaire et clanique, toutes choses qui ont été la source des graves difficultés qui ont endeuillées le Congo.

L’examen attentif des données socioéconomiques fait apparaitre une grande disparité dans la répartition des revenus issus de l’exploitation des richesses nationales. Une disparité qui creuse un fossé entre des privilégiés et la très grande majorité de la population, accentue les injustices sociales : Une véritable fracture sociale qui est porteuse d’instabilité et de désordres sociaux.

Et cela est bien ressenti par les populations qui à l’approche d’une échéance capitale, comme l’élection présidentielle, se retrouvent plongées dans la perplexité, la suspicion et la peur : Peur du voisin, peur du lendemain, peur d’un retour au traumatisme national des trois guerres civiles de la décennie 1993- 2003. Une situation à laquelle l’on ne peut rester indifférent et qui pour ma part rappelle les moments difficiles de l’avant Conférence Nationale Souveraine de 1991.

Question : Est-ce que vos fonctions actuelles vous contraignent au silence sur le débat relatif au dialogue national de Sibiti ?

GAL JMMM : Elles m’obligent de rester en éveil sur les évolutions politique, sociale et économique dans la région concernée et ce dans le souci constant de prévenir une détérioration dramatique du climat de paix et de sécurité. Il est donc évident que si un débat national dans l’un ou l’autre pays de la région devrait déboucher sur des tensions extrêmes menaçant la paix, ma contribution à l’apaisement de ces tensions au nom de l’UA est un devoir auquel il sera difficile de me soustraire.

Question : Que dites vous de la convocation du dialogue alternatif par les opposants au référendum sur le changement de la constitution du 20 janvier 2002 ?

GAL JMMM : Les partisans du non au changement de la constitution sont des Congolais, de ce fait, ils ont le droit de se réunir pour exprimer librement leur opinion, pourvu que cela se fasse dans les respects des lois et règlements.

Question : Que doit faire le peuple si le Président de la République convoque un référendum pour le changement de la République donc de la constitution ?

GAL JMMM :Pour ma part vue la passion que soulève cette question, il serait souhaitable que la cour constitutionnelle soit interrogée ou s’autosaisisse. Mais est-elle compétente pour trancher dans le cas d’espèce ? Quand on sait que le juge ne peut juger que pour garantir la sérénité de la société. Si c’est pour jeter l’huile sur feu il n’aura pas atteint son but. Souvenez-vous des conséquences tragiques de la décision malheureuse de 1997 prononcée par la Cour d’alors.

Question : Vous avez joué un rôle important en tant que chef d’Etat-major des forces armées pendant la transition sous le Premier Ministre André MILONGO. Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent à tort ou à raison d’avoir essayé d’arrêter le processus démocratique par un coup d’Etat militaire en 1991 ?

GAL JMMM :Ce qui est curieux c’est que ceux qui me font ce grief sont souvent les mêmes qui me reprochent d’avoir refusé une solution militariste contre le Président démocratiquement élu, Pascal LISSOUBA, lors de la crise gouvernementale de 1993. Une crise née de l’interprétation controversée de l’article 75 de la constitution du 15 mars 1992.

Mes détracteurs avaient donc un intérêt particulier à arrêter le processus démocratique dans lequel le peuple congolais s’était engagé et auquel j’ai apporté ma contribution en tant que chef militaire.

Question : Sauf erreur de notre part vous avez été acteur politique en 1996, en créant un mouvement politique le MRC (Mouvement pour la Réconciliation Congolaise) envisagez- vous un retour en politique ?

GAL JMMM :Les missions qui m’ont été confiés en Côte d’ivoire, au Mali et tout récemment en RCA sont des missions aussi bien diplomatiques, politiques que militaires. Mais si vous voulez parler de la politique politicienne, celle de la malice, des invectives, des querelles partisanes qui mènent tout droit à de nouveaux troubles et désordres et détruisent in fine l’unité nationale, cette politique-là n’est pas conforme à ma vision des choses, ni à celle d’un très grand nombre de nos compatriotes, je présume.

Question : En tant que citoyen congolais pensez-vous qu’il est opportun aujourd’hui de changer de la constitution du 20 janvier 2002 ?

GAL JMMM :La question est-elle posée au citoyen congolais que je suis ? Je vous répondrais avec des mots simples qui ne vous surprendront pas : Je suis un légaliste et un républicain soucieux du respect des lois, des règlements et de la constitution de la République par tous.

Question : Dans les conditions actuelles, l’alternance démocratique est-elle possible au Congo ?

GAL JMMM :L’alternance démocratique est indissociable du système politique dans lequel le Congo s’est engagé. Ceux qui s’engagent dans la voie de la démocratie devraient se rendre à cette évidence. Aussi loin que porte mon regard, je constate que les peuples à travers notre continent aspirent au changement.

Et s’agissant de l’alternance, il me semble qu’elle est désormais perçue par les peuples comme l’occasion d’apporter un souffle nouveau et d’espérer voir évoluer qualitativement la gouvernance politique, économique, sociale de nos pays. Avec comme conséquence espérée l’amélioration de leurs conditions de vie.

L’alternance oblige, les gouvernants à une certaine humilité, au respect d’autrui, à un esprit de justice et d’équité.

Question : Dans une publication, en ligne sur un site Internet congolais, intitulée : « Jean Marie Michel Mokoko : Et si c’était lui le candidat providentiel », vous êtes présenté comme un présidentiable. Quelle est votre réaction ?

GAL JMMM :Les journalistes sont libres de leurs opinions et propos. Je n’ai donc pas pour le moment de réaction particulière sinon celle de se féliciter de la liberté de ton utilisée par plusieurs blogueurs et autres internautes et qui montre à suffisance la volonté des journalistes et de nos compatriotes d’utiliser pleinement un droit constitutionnel qui est un des piliers de la démocratie.

Il me semble que plus qu’à mon sujet, nombreux s’interrogent sur mon silence. Outre les raisons invoquées plus haut, ce ne serait pas honnête de ma part de laisser croire que je suis indifférent à ces interrogations, à l’estime à mon endroit et au frémissement qui transparait à travers ce qui se dit et s’écrit à mon sujet.

Il serait irresponsable de ma part de laisser penser que je serais indifférent aux problèmes de mon pays. Mais chaque chose à son temps. Quand le moment sera venu je donnerai une réponse à ces interrogations. C’est le moins que je doive à mes compatriotes.

Question : Pour terminer, quel est votre dernier mot ?

GAL JMMM :Longtemps marginalisée, l’Afrique est donnée aujourd’hui pour être l’un des moteurs du développement international à venir. Il est par conséquent du devoir des responsables politiques africains en général et ceux de l’Afrique centrale en particulier de préserver la paix par la poursuite inlassable d’un dialogue constructif sincère à l’intérieur de leurs pays, dans l’intérêt des populations.

Dans le cadre des missions que je rempli en Afrique, je constate que les conflits qui ravagent notre continent trouvent souvent leur origine dans la gouvernance politique biaisée de nos Etats ; ce qui met en péril la paix sociale.

La paix, contrairement aux idées reçues ou répandues, n’est pas seulement l’absence de conflits armés mais un état d’esprit qui procède, entre autre facteurs, du respect scrupuleux des lois et règlements de la République.

La paix, c’est aussi le fruit de la justice sociale. L’on ne peut garantir une paix véritable dans un pays où les injustices sociales sont criardes, et les humiliations au quotidien, sont multiples.