Interview de Christophe Gazam Betty réalisée pour le magazine le Relais – Bruxelles

  1. Qui est Christophe Gazam Betty ?

Ancien Ambassadeur, ancien Ministre d’Etat, je viens de quitter la délicate fonction de conseiller spécial en charge de la bonne gouvernance et de la restauration de l’autorité de l’État. Je suis un militant passionné de la politique de l’égalité des chances, du partage équitable des ressources nationales et de la promotion de nos Valeurs traditionnelles positives africaines. Et naturellement je place l’homme au centre de mes préoccupations. Je suis Patriote et humaniste.

  1. Où va la Centrafrique ? La MINUSCA est critiquée. La population et le gouvernement leur reprochent leur attentisme et les groupes armés leur parti pris. Qu’en pensez-vous ?

La MINUSCA fait l’objet de beaucoup de critiques. Peu des gens ont lu l’accord de siège, travaillé à analyser les différentes résolutions du conseil de sécurité. Ceci étant, à la base nous n’avons pas émis nos  souhaits et discuté par la négociation avec l’ONU. On nous a tout imposé et on a courbé l’échine. Notre état, nous l’avons affaibli nous même. En réalité l’embargo sur les armes c’est plutôt le désarmement systématique des forces de défense et de sécurité et la « casse » de ce qui pourrait encore rester opérationnel.

Nous n’avons fait aucun effort pour nous en sortir par nous- mêmes. Nous subissons.

Il y a des contingents de la MINUSCA qui agissent à contre- courant de ce qui devrait être fait ouvertement et cela rejaillit sur l’institution.

Je vous fais la confidence de regarder attentivement le comportement coupable du contingent pakistanais celui du Bangladesh.

Nous avons franchement l’impression que pour « les experts » de la MINUSCA c’est le principe  » pourvu que cela dure le plus possible »

Voilà les raisons des critiques parfois violentes et débordant parfois et souvent du cadre des relations apaisées avec cette Institution

On leur reproche aussi leur penchant excessif pour la gente féminine avec des vices et une nonchalance quant à la protection des populations

  1. Le régime de Bangui est  fragilisé. L’état de grâce qui a suivi l’élection de Touadéra est désormais terminé. Plus que le chef de l’Etat lui-même, c’est le travail de certains membres du gouvernement et de son cabinet qui est pointé du doigt. Ils ne sont pas au niveau a jugé un membre du pouvoir. Partagez-vous cette analyse ?

A partir du moment où les différentes phases de la transition n’ont pas procédé au désarmement, le nouveau régime constitutionnellement établi est affaibli. L’héritage devient compliqué, il faut plus d’expertises de compétences et du relationnel a tous les niveaux pour affronter les défis majeurs sans esprit d’exclusion ou de revanche.

Globalement, le Président TOUADERA n’est pas bien épaulé par plusieurs de ses collaborateurs et ce n’est pas les offenser, c’est une réalité qu’il est seul sur tous les fronts et s’expose. Personne ne prend des risques politiques qualitatifs et productifs pour l’aider.

Mais par exemple le Ministre de la justice fait un travail remarquable, mais on n’en parle pas.

  1. Vous qui avez travaillé sous cinq gouvernements vous êtes un habitué de la politique centrafricaine. Pourquoi le président ne vous consulte pas.

Certaines relations d’un président quelconque ne peuvent faire l’objet de publicité.

Il échange avec qui il veut selon sa disponibilité …..

  1. Le pouvoir de Bangui sera-t-il à même de mener un processus DDR c’est-à-dire désarmement, démobilisation réinsertion ?

Une structure cohérente stratégique et opérationnelle est mise en place. Les orientations se font. Ce n’est pas seulement l’affaire du gouvernement, c’est un devoir patriotique de s’y associer pour la réussite

              6. Il a été dit que le président a été élu avec un minimum de voix.  Pour                              beaucoup, l’élection de Touadera est une farce. Que pensez- vous de cette affirmation ?

De telles grossièretés n’enrichissent pas les débats ni n’élèvent ceux qui répandent ces affabulations dont sont friands les centrafricains. Il n y a  aucune preuve à ce jour que Mme SAMBA PANZA qui est une femme d’Etat et qui depuis son départ a fait preuve de maturité en ne faisant aucune déclaration ait dit pareille chose dans l’enceinte de l’aéroport lors d’une sortie.

                7. Ce qui s’est passé ce lundi à Bangui entre dans l’histoire mondiale.                                            Quelque chose de très grave s’est passé. Quelle est votre analyse ?

Une manifestation de civils a caractère citoyenne encadrée par des hommes armés qui tirent à balles réelles sur la MINUSCA. Des groupes de manifestants bien armés qui incitent la foule à converger au point zéro vers le palais de la Renaissance. Toute la ville savait les détails des préparatifs et les acteurs sont les mêmes que ceux du 26 septembre 2015 .Cette manifestation se voulait être une ville morte et il y a eu des morts donc c’est un des objectifs des organisateurs. Demandez leur ce que cela a coûté à l’économie du pays en plus des morts et des blessés. Il y a un débat sur le contour réel de notre société civile spécialisée dans les marchés banderilles et appel à la sédition…II ya des insuffisances dans le comportement de certains éléments de la MINUSCA sur le terrain et la mission ne serait plus adaptée à la montée des menaces graves. J’ai imaginez un seul instant la séance de cette force tant décriée et le chaos qui s »en suivrait

Notre diplomatie doit rediscuter et refaire la mission de la MINUSCA et ce n’est pas dans les rues avec des armes.

              8.Certains disent que la Centrafrique ne peut s’en sortir que par elle-même.                                 MINUSCA et autres ne sont là que provisoirement et pas pour sauver la                                   RCA. Qu’en pensez-vous ?

Les Plus Hautes Autorités centrafricaines et le peuple doivent savoir compter sur leur propre savoir- faire pour assurer les fonctions régaliennes premières d’un Etat. Embargo ou pas Embargo. Des pays ont équipés leurs forces de défenses et de sécurité. Il faut être inventif et combattre toute idée d’immobilisme et de soumission.Il faut créer la dynamique d’une génération décomplexée s’appuyant sur la préférence nationale au niveau de nos villages et de nos Valeurs.

Propos recueillis par Madame Edwige Neshama Sossah (16 Novembre 2016)